"Canaris, dans une chambre rituelle léboue", village de Ngor, Dakar. Photo prise par I.Sidibé, janvier 2013.

Thèse d'anthropologie

"Habiter et gérer le littoral dakarois - lieu de production identitaire".

Thèse d'anthropologie dirigée par Monique Bertrand, directrice de recherches, Institut d'Etude du Développement Economique et Social, UMR 201 Développement et sociétés (Université Paris 1/IRD).

Article publié en 2013 dans la revue Espace, Populations, Sociétés
en ligne http://eps.revues.org/5415

Contrat doctoral avec l'Ecole Doctorale de Géographie de Paris (octobre 2011-décembre 2014).



Ma problématique générale consiste à se demander si et comment les pratiques d’usages, d’appropriation et d’adaptation anciennes sur le littoral du département de Dakar, et plus spécifiquement celles des Lébous, et les pratiques nouvelles de gestion environnementale, voire de gouvernance littorale, se « branchent » les unes aux autres ? Comment (et pourquoi) différents systèmes d’acteurs (locaux, nationaux, internationaux) entrent en connexion, créent des réseaux, ou au contraire s’évitent et entrent en résistance ? Les nouveaux systèmes de gouvernance littorale s’inspirent-ils de modèles de gestion de l’environnement locaux, si oui comment et dans quel contexte ?

Ces nouveaux modèles, introduits globalement après la conférence de Rio en 1992, usent d'un vocabulaire varié pour signifier à peu la même chose : gestion intégrée, participative, adaptative.

Pour analyser au mieux mon corpus de thèse (environ 150 entretiens), j'ai construit une typologie d'acteurs. 
Je travaille autour de 4 "catégories d'individus" : les dépositaires de ce que j'appelle la lébouité, qui travaillent souvent dans le secteur de la pêche, les usagers du littoral (sportif, hôtelier, restaurateur, badaud, touriste, etc.), les acteurs politiques locaux, enfin les "experts" et partenaires technico-financiers.
Ainsi je cherche à travers mes entretiens (semi-directifs et libres) à comprendre comment ces personnes se représentent ce concept de Gestion Intégrée des Zones Côtières porté par l'Union Européenne ; j'essaie alors de tester l'écart entre un concept normatif et des représentations locales de ce qu'était, est et pourrait être une "bonne gestion" de l'espace côtier.

Je m'appuie en partie sur le concept de socio-système dont l’objectif consiste à pouvoir penser la soutenabilité d’un espace, d’un territoire menacé, sa capacité à résister aux modifications environnementales mais aussi anthropiques. Cette approche, holistique, cherche moins à comprendre le détail des parties qui forment le système qu’à décrypter les éléments qui influent sur la dynamique du système entier.

Ces éléments sont les connexions, les nœuds, les tensions, les branchements, les interactions, du système… autant de termes que le concept de « composition » me permet d’appréhender, car composer avec c’est cette capacité d’action sur permettant de créer le liant entre les différents éléments du système, et ainsi de prendre en compte à la fois les acteurs, les objets qui les entourent, et les discours.


Je qualifie cette dynamique d'acteurs et de territoires en réseaux de processus de composition.

Pour parvenir à saisir ce processus, je me fixe pour objectif l’étude de l'écart entre deux « fictions » :
- celle (véhiculée par l’Etat souverain « fils » de la colonisation française, les organisations non gouvernementales et supranationales, les bailleurs de fonds, et les instances issues de la décentralisation – décentralisation imposée par le FMI notamment) d'une « gouvernance littorale partagée », concertée, organisée dans le respect des pratiques et représentations des acteurs locaux les premiers « bénéficiaires ». Ce discours de bonne gouvernance s’est renforcé au niveau des politiques publiques depuis le tournant des années 1990 et la montée du discours sur le développement durable.

- et celle (portée par des acteurs locaux qui perpétuent les rites sacrificiels et offrandes sur les plages dakaroises et conservent leurs autorités politiques coutumières), toute aussi fictionnelle selon moi, du maintien d'un lien avec ce sol dont ils sont dépossédés depuis la période coloniale.








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