"Habiter et gérer le littoral dakarois - lieu de production identitaire".
Thèse d'anthropologie
dirigée par Monique Bertrand, directrice de recherches, Institut d'Etude du
Développement Economique et Social, UMR 201 Développement
et sociétés (Université Paris 1/IRD).
Article publié en 2013 dans la revue Espace, Populations, Sociétés
en ligne http://eps.revues.org/5415
Contrat doctoral avec l'Ecole Doctorale de Géographie de Paris (octobre 2011-décembre 2014).
Ma problématique générale consiste à se
demander si et comment les pratiques d’usages, d’appropriation et d’adaptation
anciennes sur le littoral du département de Dakar, et plus spécifiquement
celles des Lébous, et les
pratiques nouvelles de gestion environnementale, voire de gouvernance
littorale, se « branchent » les unes aux autres ? Comment (et pourquoi) différents systèmes d’acteurs (locaux,
nationaux, internationaux) entrent
en connexion, créent des réseaux, ou au contraire s’évitent et entrent en résistance
? Les nouveaux systèmes de gouvernance littorale s’inspirent-ils de modèles de
gestion de l’environnement locaux, si oui comment et dans quel contexte ?
Ces nouveaux modèles, introduits
globalement après la conférence de Rio en 1992, usent d'un vocabulaire varié
pour signifier à peu la même chose : gestion intégrée, participative,
adaptative.
Pour analyser au mieux mon corpus de thèse (environ 150 entretiens), j'ai construit une typologie d'acteurs.
Je travaille autour de 4 "catégories d'individus" : les dépositaires de ce que j'appelle la lébouité, qui travaillent souvent dans le secteur de la pêche, les usagers du littoral (sportif, hôtelier, restaurateur, badaud, touriste, etc.), les acteurs politiques locaux, enfin les "experts" et partenaires technico-financiers.
Ainsi je cherche à travers mes entretiens (semi-directifs et libres) à comprendre comment ces personnes se représentent ce concept de Gestion Intégrée des Zones Côtières porté par l'Union Européenne ; j'essaie alors de tester l'écart entre un concept normatif et des représentations locales de ce qu'était, est et pourrait être une "bonne gestion" de l'espace côtier.
Je m'appuie en partie sur le concept de
socio-système dont l’objectif consiste à pouvoir penser la soutenabilité d’un
espace, d’un territoire menacé, sa capacité à résister aux modifications environnementales
mais aussi anthropiques. Cette approche, holistique, cherche moins à comprendre
le détail des parties qui forment le système qu’à décrypter les éléments qui
influent sur la dynamique du système entier.
Ces éléments sont les connexions, les nœuds,
les tensions, les branchements, les interactions, du système… autant de termes
que le concept de « composition » me permet d’appréhender, car composer avec c’est cette capacité d’action sur permettant de créer le
liant entre les différents éléments du système, et ainsi de prendre en
compte à la fois les acteurs, les objets qui les entourent, et les discours.
Je qualifie cette dynamique d'acteurs
et de territoires en réseaux de processus de composition.
Pour parvenir à saisir ce processus,
je me fixe pour objectif l’étude de l'écart entre deux « fictions » :
- celle (véhiculée par l’Etat souverain
« fils » de la colonisation française, les organisations non
gouvernementales et supranationales, les bailleurs de fonds, et les instances
issues de la décentralisation – décentralisation imposée par le FMI notamment)
d'une « gouvernance littorale partagée », concertée, organisée dans
le respect des pratiques et représentations des acteurs locaux les premiers « bénéficiaires ».
Ce discours de bonne gouvernance s’est renforcé au niveau des politiques
publiques depuis le tournant des années 1990 et la montée du discours sur le développement
durable.
- et celle (portée par des acteurs
locaux qui perpétuent les rites sacrificiels et offrandes sur les plages
dakaroises et conservent leurs autorités politiques coutumières), toute aussi
fictionnelle selon moi, du maintien d'un lien avec ce sol dont ils sont dépossédés depuis
la période coloniale.
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